[lecture] Anno Dracula, une uchronie vampirique

Et si Dracula  n’était pas mort ? Et, tiens, imaginons même qu’il avait épousé la reine Victoria ? Voilà le point de départ d’Anno Dracula de Kim Newman, une uchronie qui poursuit le roman Dracula de Bram Stoker. Mêlant personnages fictifs et réels, les frontières des mondes s’estompent et le fantastique naît pour notre plus grand plaisir.

url

Lire la suite

Publicités

50 nuances de répétitions

En février les écrans de cinéma vont afficher les 50 Shades of Grey, adaptation du roman de E.L. James, livre le plus vendu au monde en 2012. Par curiosité, j’ai lu le 1er tome. Alors est-ce aussi bien ou aussi nul qu’on le dit ?

Bande-annonce du film, en salle le 14 février (soooo romantic!)
 

Bon, pour être honnête, je me suis plongée dans la lecture avec quelques doutes, une amie issue de la fac de littérature, tout comme moi, m’avait dit que c’était assez mal écrit. Je savais également que c’était une fan fiction  de Twilight (on reconnaît tout de suite dans Ana la maladresse de Bella, dans le côté froid et harceleur de Christian : Edward). Mais je voulais me faire mon propre opinion (je suis assez têtue/obstinée/bornée – barrer la mention inutile). Je l’ai donc emprunté à une bonne âme (qui a été très patiente parce que j’ai mis beaucoup de temps à le commencer).

L’histoire est assez sommaire, comme on s’en doute ça parle de…Sexe. D’une passion dévorante entre Anastasia Steele, jeune femme mal dans sa peau, et Christian Grey super sexy  PDG milliardaire maniac du contrôle (et sexy). Il y a un fond d’histoire d’amour qui, compilé, ne doit pas dépasser la vingtaine de pages avec les sorties en hélico et planeur (ben oui, il est riche, il offre un mac, une voiture etc., mais, attention, Ana ne veut pas être « une pute », du coup, c’est un emprunt).

Honnêtement, je n’ai pas lu grand chose d’hyper choquant, d’autant que le style est très répétitif. Une fois que vous avez lu une scène de sexe, vous les avez presque toute lues (y a juste quelques lieux différents, quelques positions différentes, ça dure jamais bien longtemps, mais ça recommence vite). Je note également les magnifiques images avec le verbe « pilonner » et « baiser ». Le dictionnaire des synonymes n’est visiblement pas le livre de chevet de E.L. James, à moins que ce ne soit un problème de traduction. Ah sinon, Ana a tout le temps des orgasmes (des trucs qui explosent autour d’eux, c’est beau comme image), du coup j’en ai parlé à mon chéri, il s’excuse de ne pas être milliardaire.

Pour avoir lu un recueil de nouvelles érotiques écrites aussi par des femmes, je peux vous dire que c’était autre chose. Il y avait des styles crus, d’autres poétiques, mais toujours avec un vrai style d’écriture (une petite musique propre à chaque auteur) et une recherche de vocabulaire. Là, les répétitions sont reines. J’ai eu l’impression de lire 20 fois les mêmes phrases. Plusieurs fois, je me suis écriée : « Mais oui j’ai compris que Grey a une chemise en lin avec un jean et qu’il est « sexy », bordel !  » Pour être honnête, j’ai quand même rit quelques fois en lisant le livre, mais je pense que ce n’était pas toujours aux moments appropriés.

Ce qui peut-être choquant (au-delà du style qui pique les yeux, vous l’aurez compris), c’est la position de la femme dans cette histoire. L’homme est clairement dominant et on justifie ça par des troubles psychologiques dus à son passé d’enfant de toxico. Comme le souligne très bien cet article sur une étude américaine (sachant que je prends toujours avec précaution tout de même ce genre d’étude, parce que, quel que soit le medium, j’ai l’espoir de croire que les gens sont suffisamment intelligents pour ne pas croire tout ce qu’ils lisent/voient – et ça compte pour mon avis, vous n’êtes pas tenus de me croire, questionnez mon opinion!) Ana est une victime passive. Elle a été initiée par Christian au sexe (parce que ce n’est pas faire l’amour, c’est bien écrit plein de fois, lui il baise, il défonce, il fait de gros travaux de démolition…), ce qui assoit d’autant plus sa position d’homme « fort ». Elle est folle de son geôlier, elle ne se trouve jamais à la hauteur (ça nous arrive à toutes/tous, mais montrer une héroïne avec un peu de « force » ça ne ferait pas de mal ). Elle se rebelle quelques fois, mais elle est punie pour ça. De temps en temps, ils pourraient inverser les rôles et Ana tiendrait la cravache. Je suis sûre que ça serait pas mal et peut-être qu’il y aurait des recherches de synonymes pour l’écriture ?

Il paraît qu’elle arrive à s’imposer au fur et à mesure des tomes. Je ne sais pas si je les lirais. Je me demande bien ce qu’ils vont montrer dans le film, ça m’étonnerait que les scènes de sexe soient bien détaillées…

Attention, ceci est mon opinion et je ne « crache » pas sur les gens qui ont aimé cette trilogie. Il est vrai que ça se lit vite, que l’auteur a tout de même su créer une attente (j’avoue que j’avais envie de savoir jusqu’où Ana était prête à aller et si monsieur Grey allait arrêter d’être un harceleur flippant – même si l’auteur a tendance à montrer ça de façon « mignonne »: « trop cool il a fait 3 000 kilomètres en avion pour me voir parce que j’étais trois jours chez ma mère! Trop a-do-ra-ble! »). Peut-être que cela a donné des idées à certains pour pimenter leur vie de couple… Et ça a l’air plus intéressant que des vidéos pornographiques (peut-être que ce sera ma prochaine découverte à partager ici ? :D).

N’hésitez pas à partager votre avis. D’ailleurs si quelqu’un peut expliquer le truc des 50 nuances (surtout qu’il est pas très nuancé monsieur Grey, il est plutôt du genre à ranger tout dans des cases définies), je trouve que ça tombe comme « un cheveu sur la soupe » dans le bouquin.

Vous pouvez aussi lire plus de 500 critiques de lecteurs sur Babelio.

L’Océan au bout du chemin,un conte dans lequel plonger sans hésiter

Pour la première fois, grâce à Babelio et Masse critique, j’ai gagné un livre contre une critique. C’est avec un grand enthousiasme que je vous présente ici ma lecture de L’Océan au bout du chemin de Neil Gaiman.

Croyez-vous que ce chat soit né sous terre ?
Croyez-vous que ce chat soit né sous terre ?

Après avoir lu cet été L’Etrange vie de Nobody Owens de Neil Gaiman, c’est avec plaisir que j’ai ouvert L’Océan au bout du chemin, édité au Diable Vauvert, et ce bonheur n’a cessé de croître au fur et à mesure de ma lecture. Pour tout vous avouer, je l’ai même préféré à l’histoire de Nobody.

Il y avait plus de sécurité dans les livres qu’avec les gens, de toute façon.

J’ai été happée par ce conte. Je n’avais pas dévoré un livre aussi vite depuis bien longtemps, à peine avais-je commencé à lire que je brûlais de savoir la suite.

Si le style propre à Neil Gaiman peu paraître aux premiers abords enfantin, ce qui est d’autant plus légitime que ses héros sont des enfants, il n’en aborde pas moins des sujets graves tels que le suicide, la cruauté du monde adulte dans un monde (le nôtre) où les parents font semblant de ne plus être des enfants. Le regard de cet enfant de sept ans (dont nous ne serons jamais le prénom, après tout, il est l’enfant en général, celui que nous sommes) permet au surnaturel de faire irruption tout naturellement. Rien d’étonnant à ce que des chatons poussent comme des plantes, rien d’étonnant à ce qu’un ver s’introduise dans un pied…

Les adultes suivent les sentiers tracés. Les enfants explorent. Les adultes se contentent de parcourir le même trajet, des centaines, des milliers de fois; peut-être l’idée ne leur est-elle jamais venue de quitter ces sentiers, de ramper sous les rhododendrons, de découvrir les espaces entre les barrières.

Parfois, on se dit que l’enfant a peut-être tout inventé (il peut s’agir de très belles métaphores de ce qu’il a vécu), parce qu’il y a beaucoup de choses vraisemblables : les détails imprègnent le récit ce qui rend cet univers plausible et cohérent. Cela paraît plus facile de s’imaginer des histoires que d’affronter la réalité parfois, surtout quand on a sept ans et qu’on aime rêver dans les livres. Et le roman semble nous dire que toute vérité, tout souvenir est toujours arrangé. Et, après tout, est-ce si grave ?

C’est un très beau conte, un récit sur l’enfance, sur ses interrogations, sur la force des mots et la réécriture que nous faisons de nos souvenirs. Ce monde onirique résonne encore en moi et je pense que le relire m’apportera de nouvelles choses, c’est là l’une des forces d’un récit pour moi.

 

Elle était la puissance incarnée, debout dans l’air qui crépitait. Elle était l’orage, elle était la foudre, elle était le monde adulte avec tout son pouvoir, tous ses secrets et toute sa sotte et négligente cruauté; elle m’a adressé un clin d’œil.

Ceci est mon sexe, de Claire Barré

Et si Dieu nous envoyait sa fille, après 2000 ans de silence radio ?

Ça pète, non ? Niveau teasing, ça se pose là. Il faut dire que Claire Barré est scénariste à la base, et ce qu’on peut dire c’est qu’elle sait vraiment comment vous happer. Ceci est mon sexe est son premier roman, et c’est une vraie claque littéraire.

Elle a choisi Trixie, parce qu’elle trouvait ça sexy. Elle lui aurait même dit : « Trixie et sexy, ça rime, c’est un signe. » Ma mère croyait beaucoup aux signes. Surtout quand ça l’arrangeait.

Attrapez ce livre à la couverture joliment kitch, et laissez-vous embarquer dans les pérégrinations de Trixie Rose Jones. Cette femme fontaine aux yeux mauves et la peau caramel qui au fil de ses périples va se découvrir des orgasmes miraculeux. Trixie Rose soigne les malades, fait repousser les cheveux et emporte tout – et tout le monde – sur son passage.

A travers ce roman chorale, totalement barré (sans mauvais jeu de mot), baroque, psyché et sexy aussi, vous allez découvrir cette « poupée trash » qui se confie via son blog filmé, construisant ainsi sa légende.

Son histoire se révèle également via le point de vue de tous les êtres qui gravitent autour d’elle. Individus cassés et captivants qui chercheront à projeter leurs fantasmes et espoirs sur les courbes de leur idole.

Et quels personnages !

Au fil des chapitres, vous croiserez une fucking catcheuse burlesque, un loup aux griffes acérés, un réal de gonzo blasé, un sosie d’Elvis prestidigitateur, un chauffeur de taxi rasta avec une dent en or… et tout un tas d’individus haut en couleurs, plus extraordinaires et trippants les uns que les autres.

Dans Ceci est mon sexe, on parle de sexualité, de spiritualité, de désirs, de drogues, de violence, de cinéma, de musique, de féminisme, et d’amour. Un amour dévorant pour cette « pute au cœur de sainte, sainte au corps de pute ». Le roman est dur, drôle, charnel, nous fait glisser dans de poétiques phases psychédéliques. Il pousse aussi à la réflexion sur la place de la femme, le droit au désir. Mais, surtout, jamais l’auteur n’oublie de raconter une vraie histoire, prenante et passionnante, celle Trixie Rose Jones.

Ainsi Soit-Elle
Lire la suite

Récit iniatique gothique avec Nobody Owens

Une histoire de bébé élevé dans un cimetière par des fantômes ? Il n’en fallait pas plus pour que j’achète L’étrange vie de Nobody Owens (avec le bon d’achat gagné avec ma nouvelle Dessine-moi un poisson – autopromotion :D).

l_etrange_vie_de_nobody_owens

Comme je suis une personne généralement positive, je peux dire que, grâce aux 3h30 de retard de mon TGV (Train Grande Vitesse, rappelons-le) Toulouse-Paris Montparnasse (orages, arbres sur la voie tout ça, tout ça) ajouté au départ différé de 30 minutes de mon TER Picardie (merci les manifestants sur la voie, je vous aime !), soit plus de 14 heures de trajet au total, j’ai eu le temps de lire. J’ai quasiment fini L’étrange vie de Nobody Owens de Neil Gaiman durant ce voyage. Quasiment, car j’ai aussi envoyé des sms, écrit, révisé (un peu) pour un concours de la Fonction Publique Territoriale (FPT pour les intimes), mangé, dormi…

Pour en venir au cœur du sujet, celui qui vous intéresse au plus haut point,parlons de l’histoire de Nobody Owens. Le roman s’ouvre sur un couteau tâché de sang, celui du Jack qui a presque fini d’accomplir sa tâche. Il a déjà tué un couple et leur fille, ne reste plus qu’un bébé. Sauf que celui-ci, super vif pour son âge, est parti en vadrouille (et sans couche-culotte!) comme Le Jack a laissé la porte ouverte (pas très malin malin). Et puis, il est entré dans un cimetière où il se retrouve sous la protection de Mr et Mrs Owens (ambiance british) et de Silas. Nous suivons le héros, Bod, de sa petite enfance à ses quinze ans aux détours de plusieurs aventures où il découvre les secrets du cimetière, mais aussi du monde au-delà de celui-ci et qui est bien dangereux. D’autant que Le Jack est toujours à sa recherche…

l_etrange_vie_de_nobody_owens_neil_gaiman_illustration
Illustration de Dave McKean

Dans tout cimetière, une tombe appartient aux goules.
Arpentez n’importe quel cimetière le temps qu’il faudra et vous la trouverez : souillée et gonflée d’humidité, la pierre fendue ou brisée, cernée d’herbes en bataille ou de plantes fétides.
Elle sera peut-être plus froide que les autres sépultures, aussi, et le nom sur la stèle sera dans la plupart des cas illisible. S’il y a une statue sur la tombe, elle sera décapitée, ou couverte de champignons et de lichens au point de ressembler elle-même à une moisissure.
Si une seule tombe, dans un cimetière, semble avoir été vandalisée par des minables, c’est la porte des goules.
Si cette tombe vous donne envie d’être ailleurs, c’est la porte des goules.
Il y en avait une dans le cimetière de Bod.
Il y en a une dans tout cimetière.

 

Il m’a fallu un peu de temps pour m’habituer au style volontairement enfantin -naïveté du phrasé, répétitions volontaires etc.- (peut-être parce que je sortais de deux lectures complètement différentes : le recueil des Rossignols et Quai des enfers d’Ingrid Astier), il faut vraiment plonger dans l’univers du conte, c’est tout le charme de  ce roman. J’ai bien aimé L’étrange vie de Nobody Owens, conte initiatique, accompagné de ses jolies illustrations. Tout le monde s’accorde à dire que l’univers est très burtonien et je ne peux donner tort à cette analyse. L’ambiance gothique est là (le cimetière par excellence, même s’il est ici plein de vies, d’échanges et sources d’aventures insoupçonnées et non un lieu sombre et froid), les personnages sont atypiques ( fantômes dans un cimetière, rien d’étonnant vous me direz… mais même ceux qui sont secondaires ont toujours leur caractéristique propre qui leur donne une « chair ») et c’est souvent drôle. Il y a toujours au détour d’une phrase (ou d’une pierre tombale) un petit trait d’esprit qui fait sourire.

Un cimetière en principe n’est pas une démocratie, cependant la mort est la démocratie suprême.

Le roman invite également à se questionner sur la vie, la mort, le passage de l’enfance à l’âge adulte (comme tout roman d’apprentissage). Bod se trompe sur les choses, les gens, apprend à devoir renoncer parfois… Le ton n’est jamais trop moralisateur, même si comme dans un conte à chaque désobéissance, une catastrophe se produit.

Je n’ai pas eu LE coup de cœur pour ce roman, mais j’ai passé un bon moment de lecture aux côtés de Nobody.

Ils se tuent, tu veux dire ?
Bod avait une huitaine d’années, les yeux curieux et bien ouverts, et il n’était pas idiot.
– Absolument.
-Et ça marche ? Ils sont plus heureux une fois morts ?
– Parfois. La plupart du temps, non. C’est comme les gens qui s’imaginent qu’ils seront plus heureux en allant vivre ailleurs, mais qui apprennent que ça ne marche pas comme ça. Où que l’on aille, on s’emmène avec soi. Si tu vois ce que je veux dire.

38045280
Illustration de David McKean