Shameless (ou l’outrance réaliste)

Alors voilà, ce premier article va porter sur Shameless US. Pourquoi ce choix ? Eh bien, tout simplement, parce que je trouve que c’est une des meilleures séries de ces dernières années. Ok, c’est vrai que la 2ème saison était un peu en-dessous, mais pour la défense des scénaristes, c’est là qu’ils ont dû se détacher de la série originale et trouver leur propre identité. Et forcément, pour ça, il faut essuyer quelques plâtres (voici l’expression la plus ringarde de tous les temps ! ! !)

Bon, d’abord, Shameless US, qu’est-ce que c’est ? Comme son titre l’indique, vous vous doutez bien que c’est l’adaptation d’une autre série : Shameless. Celle-ci, elle est UK, ça veut dire qu’elle vient de Grande-Bretagne. Et là bas, c’est les kings (ou les queens puisque dieu les saves) des personnages trashs, du décalé, ils ont pas peur du politiquement incorrect. Du coup, Shameless US risquait dès le début d’être pas mal censurée (je me base sur le cas Skins qui, adapté aux Etats-Unis, a donné une bouze sans nom parce que l’Amérique trouvait que c’était « trop trash » alors que franchement, les mecs avaient déjà pas mal baissé les curseurs) Heureusement pour Shameless US, elle, elle a pu s’installer sans qu’on vienne trop crier à la honte sur mille générations (et pourtant, elle va bien plus loin que Skins, croyez moi) Peut-être (théorie personnelle) parce qu’elle a eu dans un sens, la chance de moins être citée comme une série culte, générationnelle, qui changeait le regard sur une certaine communauté trop caricaturés jusqu’à lors (chez Skins, les ados) Pourtant, pour moi, Shameless est tout aussi (si ce n’est plus, en tout cas pour la 3ème génération) provocatrice et bouleverse autant de clichés que sa consœur. Et, en Angleterre, elle a un statut culte.

Mais, trêve de bavardages,  Shameless US de quoi ça parle ? On va dire que c’est l’histoire d’une famille. Eh oui, ce qu’il faut savoir c’est que dans les séries, le sujet principal est – le plus souvent – la FAMILLE. Quelle soit du câble ou des grandes chaînes ! Quelle parle de tueur en série, de religion ou de zombies. La famille c’est le cœur de toutes les séries (ou presque). Que ce soit la famille à laquelle on est liée par le sang, ou celle qu’on a choisi. (eh ouais, dans les sitcoms, chacun à un rôle à tenir). Et pourquoi ça ? Bah, c’est assez évident, non ? Pour nous parler à tous. Parce que la famille ça touche tout le monde.

Bref, Shameless US c’est l’histoire de la famille (^^) Gallagher. Le père Frank, irresponsable alcoolique flamboyant qui vendrait un frigo à des esquimaux (2ème expression bien ringarde !) et de sa jolie petite famille. Gérée tant bien que mal par la – motivée mais quelque peu dépassée – grande sœur, Fiona. Brillamment interprétée ici par Emmy Rossum (dont les yeux un peu fatigués mais toujours expressifs suffiraient à nous faire comprendre qui est son personnage).

ImageJ’ai 20 ans et je m’occupe de mes 5 frères et soeur, c’est ok, je gère… enfin presque…

 Les Gallagher vivent dans le quartier industriel et résidentiel Back of the Yards à Chicago, pour faire simple, c’est la loose. Ils font partie de ce qu’on appelle l’American White Trash. Ils ne sont pas pauvres, ils sont en-dessous de ça. C’est ce qu’on peut appeler en France des « cassos ». Leur père vit des allocs et trouve toujours un nouveau moyen de profiter du système… et de sa famille (qu’il délaisse allégrement). Mais là où Shameless tient du génie c’est qu’elle ne va jamais nous livrer un regard pathétique ou larmoyant sur cette famille (et pourtant, il y a de quoi) ils sont pauvres, ok. Ils sont même moins que ça, d’accord. Mais putain, c’est des warriors. Ils ont le sens de la débrouille, et surtout, ils se serrent les coudent. Shameless ça parle avec humour – mais jamais condescendance – de cette famille de ses embrouilles, problèmes, désillusions. Mais surtout, de ses PERSONNAGES. Parce qu’elle est là la vraie force de Shameless, ses personnages. Je pourrais vous parler pendant des heures de Lip, le surdoué qui ne s’assume pas (un Will Hunting Trash) et se fait payer pour passer les concours d’entrée en Université à la place des autres, de Debbie la petite rousse un peu trop mature pour son âge, de Carl le gamin sociopathe à qui il ne faut pas tourner le dos mais qui reste quand même touchant (enfin, si tu lui files pas un flingue, ou tout ce qui pourrait ressembler de près ou de loin à une arme…), de la voisine, Sheila, généreuse loufoque mais affreusement agoraphobe… et de tous les autres ! ! !

Shameless parle de sujets graves, ça parle de viol, de schizophrénie, d’homophobie, d’alcoolisme et de maltraitance… ça parle aussi de secte, de drogue, de misère. C’est hyper outrancier, mais jamais ça ne tombe dans le racoleur malgré les sujets traités (certains créateurs de séries devraient en prendre de la graine… Ryan Murphy, si tu m’entends !). Pourquoi ? Eh bien, parce que la série aime ses personnages, ne les traite jamais avec condescendance ou pitié. (Ryan, t’es là ???) Ils sont aussi d’une logique impitoyable, ils n’agissent jamais de façon incohérente. Quand je parle de « logique » ou de cohérence, je ne veux pas dire que les personnages sont sages, au contraire, je veux dire qu’ils agissent en accord avec qui ils sont. Dans combien de série avons-nous vu des personnages commettre une action qu’on ne comprenait pas, tout ça pour servir une action. Ca me rend dingue ! Mais croyez-moi, en tant que scénariste – et plus largement grand visionneuse de séries – c’est une chose très difficile à faire et on voit très rarement des personnages avec un parcours logique et des réactions censées de bout en bout, dans les séries aujourd’hui. Surtout quand elles sont aussi denses et excessives que Shameless. Et pourtant, ici, ils y arrivent ! ! !

ImageNous, c’est les Gallagher, bitches

En bref, ce qui fait de Shameless US une grande série – au-delà de ses intrigues originales, bien menées, drôles, émouvantes et tragiques à la fois – c’est l’amour qu’elle a pour ses personnages. Chacun est soigné, aucun n’est laissé de côté, ou instrumentalisé pour servir une intrigue. Ils ont une réelle identité qui est respectée. Et, ça, je vous promets que c’est assez rare pour être dit et répété.

Je ne peux que vivement vous conseiller cette série (en VO bien sûr) qui, malgré son côté trash, reste toujours profondément humaine. En plus, il y a déjà 4 saisons de 12 épisodes alors vous avez de quoi vous faire plaisir !

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